Déceler les violences sexuelles faites aux enfants
Par Evelyne Josse, Sunday 2 September 2007 à 12:04 :: Articles :: #108 :: rss
Evelyne josse
Avec l’aimable collaboration de
Francine Dal, psychologue spécialiste de la maltraitance infantile et Marie
Bruyns, docteur en gynécologie
2007
14 avenue
Fond du Diable, 1310
Psychologue clinicienne.
Hypnose éricksonnienne, EMDR, thérapie brève
Psychothérapeute en
consultation privée, psychologue du programme ASAB, expert en hypnose
judiciaire, consultante en psychologie humanitaire
Table des matières
Les
allégations de violences sexuelles
2.
Le dévoilement des violences sexuelles
Les
freins au dépistage des violences sexuelles
1.
Facteurs propres aux contexte
2.
Facteurs propres à l’enfant victime
3.
Facteurs propres aux intervenants potentiels
Les
signes faisant suspecter une agression sexuelle
1.
Les signes relevant de la santé
1.1.
Les signes fortement suspects de violence physique
1.1.1.
Violence physique et violence sexuelle
1.2.
Les signes fortement suspects de violence sexuelle
1.3.
Les signes discrets de violence sexuelle
2.1.
Les signes fortement suspects d’une maltraitance (non spécifiquement
sexuelle)
2.2.
Les signes fortement suspects d'une agression sexuelle
3.
Les facteurs renforçant la suspicion de maltraitance
Référence du présent
article : « Déceler les violences sexuelles faites aux enfants »,
Evelyne Josse, 2007, http://www.resilience-psy.com
Le médecin légiste français
Ambroise Tardieu est le premier à avoir alerté ses confrères par rapport aux
mauvais traitements et aux violences sexuelles infligées aux enfants. En 1867,
il publie un article sur les sévices subis par 339 fillettes de moins de 11
ans, victimes de tentatives de viols ou de viols avérés. Ces travaux resteront
sans effet, tant au niveau des sociétés savantes que des pouvoirs publics. Il
faudra attendre les années ’70 du siècle dernier pour que s’initie une véritable
prise de conscience. Néanmoins, le déni qui a longtemps occulté cette réalité
n’a pas complètement disparu.
Les violences sexuelles
exercées contre les enfants[1]
ont de profondes répercussions à court et long terme sur leur santé physique,
leur développement psychologique et leur bien-être psychosocial.
Les intervenants auprès
des jeunes victimes doivent être capables de reconnaître les signes physiques
évocateurs d’une violence sexuelle tels que lésions, infections, etc. Ils
doivent également pouvoir établir un diagnostic différentiel et être à même
de déterminer leur nature (par exemple, lésions dues à une chute, infections
transmises de la mère à l’enfant, contamination accidentelle, etc.). Notons
cependant que dans de nombreux cas, les agressions sexuelles n’entraînent pas
de séquelles physiques. En effet, les abus sont fréquemment commis par
des proches sans recours à la violence physique. De plus, les maltraitances
sexuelles perpétrées contre les enfants ne se limitent pas à la pénétration
vaginale ou anale mais englobent aussi les attouchements, les simulations
d’acte sexuel, les fellations forcées, etc.
Les intervenants doivent être
attentifs aux indices de souffrance psychique manifestée par les victimes.
L’expression de cette souffrance prend des formes diverses selon l’âge
de l’enfant, sa personnalité et ses antécédents, la durée et la fréquence
des abus ainsi que l’identité de l’agresseur et la proximité relationnelle
qu’il entretient avec la victime. Plus de 30% des enfants ne manifestent pas
de réactions préoccupantes au moment des faits. En aucun cas, cette absence de
symptômes ne signifie qu’ils ne souffrent pas, qu’ils ne présenteront pas
ultérieurement des troubles ou qu’ils n’ont pas besoin d’aide. En effet,
même si leur douleur n’est pas apparente, certains souffrent néanmoins de
troubles affectifs profonds que l’on peut nommer « traumatisme silencieux ». Certains verront d’ailleurs leur
état psychique se dégrader après un temps de latence traumatique de plusieurs
mois, voire de plusieurs années. En effet, le traumatisme sexuel peut avoir des
« effets dormants »[2]
et surgir soudainement, notamment à la faveur d’événements personnels ou
familiaux (premiers émois amoureux, premières relations sexuelles, mariage,
naissance, reportage télévisé, rêve, querelle et séparation familiale,
etc.). Dans près de 60% des cas, les enfants manifestent leur souffrance par le
biais de signes somatiques, comportementaux et psychologiques qui peuvent
s’associer ou se succéder dans le temps. Ces réactions n’ont guère de spécificité
pathognomonique et aucun signe pris isolément n’atteste à coup sûr d’une
agression sexuelle. En effet, certains enfants présentent des réactions que
l’on peut juger préoccupantes alors qu’ils n’ont pas subi de maltraitance
ou d’abus. De plus, il est malaisé de distinguer les troubles relevant d’un
traumatisme spécifiquement sexuel des réactions manifestées suite à
d’autres événements traumatogènes ou potentiellement perturbant tels que la
maltraitance physique ou morale, la négligence grave, un deuil, une séparation
familiale, etc.
C’est la conjonction, la
répétition, l’accumulation, la cohérence et la permanence d’indices
physiques et de signes en rupture avec le comportement antérieur de l’enfant
qui permettront de confirmer ou d’infirmer le diagnostic d’agression
sexuelle.
La problématique des
violences sexuelles infantiles concerne tous les intervenants potentiels auprès
des enfants (personnel médical, corps enseignants, éducateurs, voisins,
parents, etc.). Pour qu’ils soient en mesure de les déceler, il faut qu’ils
les suspectent et qu’ils puissent en reconnaître les manifestations. Cet
article a pour but de les aider à en repérer les signes d’alerte.
1. L’ampleur du problème
Les données disponibles
sur les violences sexuelles faites aux enfants proviennent de la police et des
instances juridiques, des services médicaux, des organisations non
gouvernementales (Droits de l’Homme, organismes humanitaires, etc.), des
associations internationales, nationales et locales (associations contre la
violence, collectifs de femmes, associations pour les Droits de l’enfant,
etc.), d’enquêtes et d’études diverses. Les données recensées par ces
différentes sources sont cependant souvent incomplètes et ne révèlent que la
partie émergée de l’iceberg. D’après Duboc, 7% seulement des agressions
sexuelles perpétrées contre les enfants seraient connues d’une instance compétente.
Lorsqu’elles le sont, c’est généralement à la faveur d’un
bouleversement dans la vie de l’enfant et de sa famille (actes délinquants,
grossesse, infection sexuellement transmissible, troubles psychiatriques,
altercation familiale, divorce, fugue, etc.).
Les violences sexuelles
constituent la première cause de maltraitance infantile. Dans les pays
occidentaux, leur nombre semble s’accroître alors que la prévalence des
autres formes de violence semble stable[3].
Toutefois,
cette croissance peut résulter d’un renforcement des déclarations de cas liée
à l’évolution des mentalités et non d’une majoration du phénomène lui-même.
Dans la majorité des cas (60
à 90% des cas selon les pays), la jeune victime connaît son agresseur (membre
de sa famille ou personne jouissant de sa confiance tels qu’amis de la
famille, voisins, connaissance, éducateurs, enseignants, religieux, etc.). Plus
elle est jeune, plus la probabilité est élevée que l’auteur soit un membre
de sa famille ou un proche (baby-sitter, nourrice, par exemple).
2. Le dévoilement des violences sexuelles
Les violences sexuelles
sont rarement dévoilées au moment de leur occurrence. Généralement, la
victime ne révèle les faits que plusieurs mois, voire plusieurs années plus
tard. Souvent même, le silence n’est brisé qu’à l’adolescence ou à
l’âge adulte.
Les révélations claires
et spontanées de maltraitance sexuelle sont rares avant l’âge de 4 ans[4].
L’enfant dénonce plus facilement la maltraitance sexuelle si une autre
victime signale une violence similaire commise par le même auteur, si
l’agresseur est étranger au cercle familial ou si on lui pose des questions
directes au sujet d’agressions possibles.
La crédibilité
des déclarations de violences sexuelles faites par les enfants est parfois mise
en doute par la famille et les professionnels. Sans nous étendre sur le sujet,
signalons que les allégations mensongères sont extrêmement rares[5],
certains enfants rétractant même des révélations véridiques lorsqu’ils ne
se sentent pas soutenus, écoutés ou compris. En tout état de cause, les
enfants taisent, voire dénient, plus fréquemment une agression à caractère
sexuel qu’ils n’avancent de fausses déclarations.
La
méconnaissance de la prévalence des violences sexuelles faites aux enfants relève
de caractéristiques inhérentes aux contextes de perpétration, de variables
propres aux jeunes victimes ainsi que de facteurs liés aux intervenants
potentiels[6].
1. Facteurs propres aux contexte
q
Les contextes violents
nimbés de secret ou en marge de la société.
Les violences sexuelles sont souvent méconnues des services compétents en
raison du contexte dans lequel elles se déroulent : réseaux clandestins
(prostitution infantile, traite des êtres humains), cadre familial fermé,
milieux institutionnels résidentiels (institutions vouées à la protection de
l’enfance et au système judiciaire juvénile, orphelinats, établissements
pour enfants handicapés ou présentant des troubles psychiatriques, etc.),
centres de détention, monde de la rue (population des rues désocialisées),
etc. Les victimes vivant souvent à proximité, voire avec leur bourreau (dont
ils peuvent être dépendants pour leur survie), n’ont pas ou peu de
possibilités de dénoncer les violences dont elles sont l’objet.
q
La culture.
Les tabous culturels sont un frein considérable aux révélations d’agression
à caractère sexuel. En effet, dans la majorité des sociétés, évoquer la
sexualité provoque des sentiments de gêne et de honte, autant pour le locuteur
que pour son confident. De plus, dans de nombreux pays, les enfants ne sont pas
encouragés à parler d’eux-mêmes ou à exprimer leurs difficultés.
Dans
certaines cultures, les violences sexuelles faites aux enfants sont tolérées
(par exemple, l’esclavage sexuel des enfants domestiques), voire considérées
comme des pratiques acceptables (par exemple, les viols et les relations
sexuelles contraintes dans le cadre des
mariages précoces, etc.)
[7].
q
La religion.
Plus
l’interdit religieux concernant la sexualité en dehors des liens du mariage
est impératif, plus la victime éprouvera de difficulté à dénoncer les
faits.
q
Un contexte de violence généralisée.
Dans les contextes de violence généralisée (guerre, conflit armé), une
agression sexuelle exercée contre un enfant peut n’être pour sa famille
qu’une des violences vécues parmi d’autres tels que l’assassinat ou la
disparition d’un de ses membres, la perte des biens, l’exode, etc.
2. Facteurs
propres à l’enfant victime
q
La maturité des victimes.
Plus les enfants sont jeunes et plus il leur est difficile de traduire leur vécu
en mots. En grandissant, ils développent leurs capacités à communiquer, à résoudre
les problèmes, à prendre des responsabilités, etc. Cependant, certains
enfants, parce qu’ils évoluent dans un environnement familial et social précaire
ou violent, voient leur développement freiné ou interrompu[8].
Aussi, certains enfants plus âgés peuvent-ils manquer de compétences sociales
« normales ». En effet, communiquer est une compétence sociale qui
s’apprend. Certaines circonstances et certains milieux défavorisent cet
apprentissage.
Les
jeunes enfants sont donc dans l’impossibilité de signaler les agressions
sexuelles dont ils sont l’objet (absence de langage, manque de vocabulaire).
Ils peuvent aussi ne pas en percevoir le caractère abusif
ou violent. Les faibles connaissances des jeunes
enfants ne leur permettent pas de l’évaluer lorsqu’elles
ne sont pas accompagnées de violence physique (coups, blessures, etc.), ce qui
est généralement le cas lors d’abus intrafamiliaux. Se référant aux
connaissances et à l’autorité morale des adultes, ils ne mettent pas en
cause la probité des actes posés par l’agresseur. C’est souvent à la
puberté ou à l’adolescence qu’ils prennent conscience de la signification
et de la gravité des faits. Cependant, soulignons que même les adolescents ne
détectent pas tous la violence de la même manière. Par exemple, Koss et al.[9],
ont constaté que dans un groupe d’étudiantes américaines ayant indiqué
avoir été victimes d’actes correspondant à la définition de viol communément
admise aux Etats-Unis, 25% seulement ont déclaré avoir été « violées ».
Ajoutons
encore qu’il est rare que les enfants communiquent spontanément, en
particulier avec des personnes inconnues. En outre, leur désastreuse expérience
a appris aux jeunes victimes à se méfier des adultes.
q
L’intimidation
psychologique de la part de l’agresseur et la crainte des représailles éprouvées
par les victimes. Les enfants
sont sensibles aux brimades, aux humiliations (dévalorisations, injures, etc.),
aux sarcasmes, au mépris, au rejet, à l’isolement (par exemple, lorsqu’on
l’ignore ou qu’on le prive de contacts, etc.), à l’exclusion (par
exemple, lorsqu’on l’exclut d’événements signifiants), aux privations de
toutes sortes (nourriture, loisirs, etc.), aux menaces (par exemple, menace de
représailles), au chantage (par exemple, chantage au suicide de l’agresseur
en cas de dénonciation), etc. Paralysés par un phénomène d’emprise, ils
subissent leur sort en silence.
q
Les sentiments de honte
et de culpabilité. Les
sentiments de honte, de souillure, de culpabilité et de déshonneur censurent
les velléités à révéler les agressions subies. Les enfants peuvent
concevoir de l’humiliation de s’être livrés à des pratiques condamnables.
Ils se sentent d’autant plus fautifs qu’ils sont persuadés d’avoir joué
un rôle actif dans l’avènement ou le déroulement des faits. Ces sentiments
sont renforcés lorsque l’agresseur abonde dans ce sens, déclarant qu’il
n’a fait que céder au comportement provoquant et séducteur de l’enfant[10].
Généralement, les jeunes victimes s’adressent encore davantage de reproches
lorsqu’elles ont éprouvé du plaisir sexuel. Dans les cas d’inceste
père-filles,
l’impression d’avoir trahi leur mère peut majorer leur souffrance.
q
La proximité affective
avec l’abuseur.
Il est malaisé pour les enfants de dévoiler des abus lorsqu’ils
entretiennent des relations affectives étroites avec l’abuseur ou
lorsqu’ils sont dépendants de lui pour leur survie.
q
La peur des conséquences
du dévoilement.
La révélation d’une agression sexuelle subie par un enfant a de nombreuses
conséquences pour sa famille (au niveau émotionnel, fonctionnel, structurel,
etc.), voire même pour la collectivité dans son ensemble (entourage, école,
pays[11]).
Les victimes en âge d’envisager ces répercussions peuvent les redouter tant
pour elles-mêmes (par exemple, placement en institution ou en famille
d’accueil, mise sous tutelle du Juge de
q
La crédibilité des victimes.
La crainte de ne pas être entendues par leur entourage peut conduire les jeunes
victimes à taire les violences ou à en différer la divulgation. Cette appréhension
peut être totalement justifiée. En effet, certaines cultures (par exemple, en
Afrique ou en Asie) et sub-cultures (classes sociales) prêtent peu de crédit
aux dires des enfants. Même les familles les plus ouvertes peuvent être incrédules
face aux dévoilements de faits dépassant leur entendement. En cas d’abus
intrafamiliaux, il n’est pas rare que l’entourage dénie fermement les
maltraitances révélées. De plus,
les adolescentes dévoilent souvent les abus lorsqu’elles sont en conflit avec
l’abuseur (père, beau-père, etc.) ou déjà devenues délinquantes, ce qui
les décrédibilisent aux yeux de leurs proches (notamment, de leur mère).
Les
enfants peuvent également redouter une confrontation avec l’auteur, mieux armé
pour se défendre. Lorsque ce dernier nie les faits, les victimes risquent d’être
accusées de mensonge, de méchanceté ou de malveillance. Dès lors, révéler
les abus peut leur apparaître comme plus hasardeux que de les taire.
Les
premières déclarations des enfants concernant les maltraitances dont ils sont
ou ont été victimes sont parfois confuses ou parcellaires et peuvent ne pas
refléter précisément les faits. Par ailleurs, bien que ce qu’ils révèlent
soit important, ils peuvent laisser entendre qu’il s’agit de faits anodins.
De plus, ils dévoilent généralement les agressions de manière graduelle,
voire même se rétractent ou dénient des allégations véridiques. Les
personnes non averties sont souvent peu enclines à prêter foi à ces dénonciations
balbutiantes.
q
L’absence d’une
personne de confiance.
Les enfants ne dévoilent les maltraitances sexuelles qu’à une personne de
confiance. Or, lorsqu’ils ont été abusés ou violentés par une personne
censée assurer leur protection, leur bien-être ou leur éducation (parents, éducateur,
enseignant, baby-sitter, religieux, etc.), ils peuvent douter de la
bienveillance des adultes, y compris de ceux auxquels ils pourraient utilement
se confier.
En
raison de leur jeune âge, ils ignorent généralement l’existence des recours
à leur disposition. S’ils pensent ne pouvoir être aidés ou secourus, ils
peuvent juger inutile, voire imprudent, de dénoncer les violences dont ils sont
l’objet.
q
Le handicap.
Les difficultés des enfants handicapés à comprendre la situation (du fait de
la carence de leurs capacités cognitives, de la pauvreté de leur imagination,
de délires, etc.) et à la communiquer (à cause d’une mutité, d’une
absence de langage ou de troubles de la personnalité) rend peu probable la dénonciation
des faits.
q
Un continuum de violence.
Pour certains enfants, les agressions sexuelles s’inscrivent dans un continuum
de violence verbale, physique et psychologique. C’est notamment le cas des
enfants vivant en rue. Outre le fait que leur désocialisation leur barre
l’accès à la majorité des services compétents, il leur est malaisé
d’isoler la maltraitance sexuelle des autres aspects de la violence qu’ils
subissent. Il en est de même pour les jeunes domestiques sexuellement asservis
par leur patron et pour les enfants abusés par des parents violents.
3. Facteurs propres aux intervenants potentiels
q
Le tabou de la sexualité.
Les intervenants peuvent vouloir éviter d’aborder un sujet sensible. En
effet, dans tous les pays, la sexualité cristallise de nombreuses valeurs et de
multiples tabous, en particulier lorsqu’elle concerne les enfants.
q
Le domaine privé.
Les relations sexuelles et l’éducation des enfants sont d’ordre privé. Les
étrangers au cercle familial (professionnels, amis, voisins, etc.) peuvent être
mal à l’aise de s’ingérer dans l’intimité domestique et l’autorité
parentale.
q
Le contexte.
Les intervenants peuvent considérer que les agressions à caractère sexuel
sont inhérentes au contexte (guerre, camps de réfugiés, monde de la rue,
etc.) et ne pas leur accorder une attention spécifique.
q
Les émotions des
intervenants. Les situations
dramatiques impliquant des enfants suscitent de fortes réactions émotionnelles.
Les intervenants s’en protègent parfois inconsciemment en négligeant
involontairement les signes d’alerte.
q
La promesse du secret.
Dans certains cas, l’enfant révèle sa victimisation auprès d’une personne
de confiance (travailleur social, enseignant, éducateur, amis, etc.) à
laquelle il impose généralement de garder le silence. Désemparé par de
telles déclarations, le confident respecte parfois le vœu de l’enfant.
q
Les conséquences d’un
dévoilement. Le dépistage de faits graves provoque des bouleversements familiaux
(placement de l’enfant, éclatement de la cellule familiale, enquête, procès,
etc.) et entraîne la prise de mesures diverses (examens médicaux, entretiens
psychologiques, enquête, etc.). Les intervenants peuvent être embarrassés de
déclencher un tel chambardement et se montrer hésitants à émettre leurs soupçons
tant qu’ils n’ont pas récolté de preuves tangibles.
q
La crainte des réactions
de l’entourage. En cas de dévoilement d’abus intrafamilial, les intervenants peuvent
craindre la réaction des parents ou de la famille élargie (vengeance,
agression, colère, déni, etc.).
q
Le manque de formation
des intervenants professionnels.
Dans de nombreux pays, le personnel médical, paramédical et enseignant est
insuffisamment formé au dépistage, à la prise en charge et au soutien des
jeunes victimes.
q
La crainte de porter préjudice
à l’enfant en dénonçant les faits.
Dans de nombreux pays, les structures judiciaires et/ou thérapeutiques aptes à
répondre aux besoins des enfants maltraités sont inexistantes, inappropriées
ou insuffisantes. Dès lors, l’intervenant peut appréhender (à juste titre)
qu’une dénonciation soit non seulement inefficace à faire cesser les
agissements de l’abuseur mais qu’en plus, elle s’avère dangereuse pour
l’enfant victime (vengeance de l’agresseur sur l’enfant).
Les
indices évocateurs d’une agression sexuelle couvrent un large éventail de
signes cliniques, de manifestations physiques, émotionnelles et
comportementales et s’étendent de troubles discrets à des symptômes
massifs.
1. Les signes relevant de la santé
1.1. Les signes fortement suspects de violence physique
1.1.1. Violence physique et violence sexuelle
q
Un contexte de violence
physique chronique. Il est fréquent qu’un enfant victime d’une
agression sexuelle soit exposé à des violences d’une autre nature. En effet,
le plus souvent, les individus ou un groupe d’individus sont vulnérables à
divers types de violence (par exemple, à la violence sexuelle, physique et
psychologique). Ainsi, par exemple, les familles à interactions violentes sont
plus susceptibles que les autres de maltraiter sexuellement leurs enfants. En
cas de suspicion de maltraitance physique, les intervenants devront donc être
attentifs aux éventuels indices de violence sexuelle.
q
Les signes de la violence
physique commise au moment de l’agression sexuelle. Les marques de
violence physiques peuvent résulter de la contention forcée de la victime
durant l’agression sexuelle et de ses tentatives pour se protéger ou se défendre.
1.1.2. Types de lésions
On
retiendra que plus l’enfant présentant une des lésions listées ci-dessous
est jeune, plus la probabilité qu’il ait été maltraité est élevée.
q
Les lésions de la peau.
Les plaies[13]
(contusions, brûlures, ecchymoses, hématomes, griffures, morsures, lacérations,
alopécie provoquée par arrachement brutal des cheveux) et les cicatrices (lésions
d’anciennetés diverses) sont significatives d’une agression physique
lorsqu’elles sont disséminées sur tout le corps de l’enfant et ce, quel
que soit son âge. Elles sont également suspectes lorsqu’elles concernent des
zones corporelles non habituellement exposées aux chutes banales chez un enfant
en âge de marcher.
Les
localisations suspectes de maltraitance à tout âge
sont le thorax, le dos, le siège, les organes génitaux, la face postérieure
des cuisses, les oreilles, l’angle de la mâchoire, l’apophyse mastoïde[14],
les joues, la lèvre supérieure, le frein de la langue ou des lèvres (gavage
forcé), le cou (traces de strangulation), la nuque, la face antérieure des
avant-bras (protection contre les coups), les épaules, les bras (contention
forcée) et la face dorsale des mains.
Les
zones les plus souvent touchées lors d’une chute banale chez l’enfant en âge
de marcher sont le front, les
tempes, le nez, le menton, les hanches, le bassin, les genoux, les tibias, les
coudes, la face postérieure des avant-bras et la paume des mains. Avant
l’apprentissage de la marche, les lésions constatées sur ces zones sont
suspectes et nécessitent d’être soigneusement investiguées.
Les
brûlures les plus suspectes de maltraitance
sont caractéristiques. Les brûlures par contact ont la forme de l’objet brûlant
(cigarette, fer à repasser). Les lésions par ébouillantement des membres supérieurs
et inférieurs sont généralement symétriques (en gants et en botte).
q
Les lésions internes.
Les lésions viscérales[15]
et thoraciques[16],
une hémorragie rétinienne, un hématome sous-dural,
une hémorragie
intracérébrale[17]
ainsi qu’une surdité (provoquée par une gifle ou des coups sur l’oreille)
doivent toujours être soigneusement documentées.
q
Les fractures[18]
et les luxations. Les
soignants doivent systématiquement s’interroger sur les causes de fractures
et de torsions, d’élongations ou de broiements des articulations.
Les
gémissements, les pleurs ou les cris lors de la mobilisation ainsi que
l’immobilité silencieuse d’un nourrisson doivent faire suspecter une
fracture ou une lésion interne.
q
Les lésions du système nerveux central.
Les maltraitances infantiles peuvent entraîner de
graves lésions du système nerveux central (« traumatisme par
secouement »), notamment chez l’enfant de moins d’un an.
q
Des signes de dénutrition
et
de mauvaise hygiène
sont généralement l’indice de négligence ou de carences graves. Un défaut
majeur de la couverture vaccinale, l’incapacité de la mère à se rappeler si
son bébé a reçu les vaccinations adéquates et l’absence d’un pédiatre
de référence peuvent être des signes discrets de négligence. Ces indices
doivent impérativement être interprétés en fonction du contexte. Ainsi, un
enfant insuffisamment nourri ou non vacciné peut être choyé par sa famille
dans un pays en voie de développement ou dans une famille d’immigrés
clandestins. De même, des Témoins de Jéhovah peuvent refuser les vaccinations
sans pour autant maltraiter leur enfant.
1.2. Les signes fortement suspects de violence sexuelle
Voici la liste des
indicateurs évocateurs d’une violence à caractère sexuel :
q
La présence de sperme
sur le corps de l’enfant ou sur ses vêtements.
q
Des lésions traumatiques
récentes ou cicatrisées au niveau génital, périnéal (lorsque
les lésions ne peuvent s’expliquer par une chute à califourchon[19])
et anal (blessures, fissures suspectes, béance anale ou vaginale
anormale, béance du méat urinaire, synéchies[20],
fusions labiales ou adhérences des petites lèvres[21],
etc.), une fistule recto-vaginale,
vésico-vaginale ou recto-anale, des saignements
vaginaux et rectaux ainsi que des douleurs pelviennes, génitales
ou anales doivent impérativement faire suspecter une agression
sexuelle. Soulignons cependant que l’intromission par l’enfant lui-même
d’un objet (par exemple, un jouet) dans le vagin ou l’anus peut provoquer
des lésions similaires à celles causées par une agression sexuelle.
q
Les infections
sexuellement transmissibles. Les maladies sexuellement transmissibles font toujours soupçonner une
violence sexuelle. Des douleurs, une leucorrhée, des ulcérations, des démangeaisons
ou une irritation peuvent signaler de telles infections et doivent attirer
l’attention des intervenants. Notons cependant que certains germes peuvent être
transmis de la mère à l’enfant in utero par voie transplacentaire (par
exemple, la syphilis, le VIH), intra-partum (au moment de l’accouchement) par contact avec le sang et
les sécrétions (par exemple, les condylomes à papillomavirus) ainsi que par
exposition post-partum via l’allaitement au sein (par exemple, le VIH). La
transmission parentérale
(par
transfusion sanguine, par contact avec du sang ou des dérivés sanguins)
est également bien connue pour certaines maladies (par exemple, l’hépatite
B). Une contamination accidentelle de
tégument à tégument, par des sous-vêtements ou par des objets de toilette
est aussi possible pour certaines infections (par exemple, les condylomes à
papillomavirus).
Transmission sexuelle hautement probable. Un herpès simplex de type II au niveau périnéal au-delà de la période
néonatale (3 mois), des Trichomonas vaginalis chez l’enfant de plus de 6
mois, une gonorrhée (Neisseria gonorrhoeae)
chez un enfant de plus d’un an ou des Chlamydia trachomatis après
l’âge de 3 ans (soit lorsqu’une transmission materno-fœtale n’est plus
plausible) donnent une quasi certitude d’abus sexuel. Il en est de même
d’une syphilis ou d’un VIH lorsque la mère est séronégative pour ces
infections.
Transmission sexuelle possible. Une infection à Neisseria gonorrhoeae chez l’enfant de moins d’un an
ou à Chlamydia chez l’enfant de moins de 3 ans peut avoir été transmise
lors d’un rapport abusif mais une transmission de la mère à l’enfant est
possible. La transmission de Gardnerella vaginalis et de mycoplasmes génitaux (Ureaplasma
urealyticum, Ureaplasma urealyticum, Mycoplasma hominis) peut être sexuelle
mais ce n’est pas systématique (transmission périnatale possible). La
transmission sexuelle de condylomes à papillomavirus est possible mais
d’autres modes de contamination peuvent être évoqués (transmission
materno-foetale ou accidentelle par contact avec des vêtements ou des objets
contaminés). Par contre, la possibilité d’un abus doit être sérieusement
envisagée face à des condylomes acuminés dans les régions génitales ou
anales. Bien que l’hépatite B ait d’autres modes de transmission que la
voie sexuelle[22],
cette infection doit faire envisager la probabilité d’une violence sexuelle
si la transmission verticale (de la mère à l’enfant) a été éliminée. Les vulvites mycosiques, même à répétition, sont
banales chez la petite fille. Néanmoins, des inflammations récurrentes doivent
attirer l’attention et faire envisager la possibilité d’une origine
infectieuse[23]
(recherche systématique de tous les germes possibles).
Transmission non sexuelle. Certaines
affections ne sont pas transmises par contact sexuel. C’est le cas des
streptocoques du groupe A, du Candida albicans, de
q
Les contusions, les déchirures
et les cicatrises hyménales
sont suspectes. Une
cause traumatique est d’autant plus probable que les lésions sont importantes
(allant jusqu’au vestibule). A contrario, l’absence de déchirure de
l’hymen n’exclut pas une agression sexuelle. En effet, d’une part, il peut
y avoir pénétration vaginale sans déchirure de l’hymen ; d’autre
part, il peut y avoir violence sexuelle sans pénétration vaginale, les abus
perpétrés contre les enfants consistant aussi en attouchements, simulations
d’acte sexuel, pénétrations anales ou buccales.
1.3. Les signes discrets de violence sexuelle
Souvent les signes
physiques d’une agression sexuelle ne sont pas aussi nets, aussi graves ou
aussi caractéristiques que ceux décrits ci-dessus. Même
lorsque l’on procède à l’examen médical immédiatement après le viol[24],
des dommages corporels ne sont pas systématiquement détectés[25].
Certains signes incitent néanmoins
à envisager l’éventualité d’un abus sexuel en raison du contexte dans
lequel ils surviennent. C’est le cas des manifestations somatiques. Certaines
sont liées à l’agression tels que les troubles fonctionnels
gastro-intestinaux (douleurs abdominales, vomissements, constipation,
diarrhée, anisme[26])
et urinaires[27],
les algies pelviennes, les maux de gorge ou la gêne à la déglutition ;
d’autres sont non spécifiques comme la fatigue, les douleurs diffuses, les céphalées,
les poussées de température, etc.
Une grossesse chez une
adolescente doit faire envisager la possibilité d’un abus, surtout si elle
est mal acceptée, déniée[28],
déclarée tardivement et que le père est absent ou que son identité reste
volontairement secrète. La question d’un inceste doit se poser quand une
jeune parturiente adresse une demande d’avortement en présence d’un membre
masculin de sa famille. Une demande de test HIV, d’un test de grossesse ou de
contraception pour une jeune fille pubère doit être interrogée surtout si
elle émane des parents ou d’un tiers adulte.
Les intervenants doivent
repérer les divers signes d’appel, les interpréter en fonction les uns des
autres et tenir compte de leur accumulation. Plus ils sont nombreux, plus le
diagnostic de violence sexuelle est probable et plus les abus sont
potentiellement graves et chroniques.
2. Les indices psychosociaux
2.1. Les signes fortement suspects d’une maltraitance (non spécifiquement sexuelle)
Quel que soit son âge, une
changement récent et massif du comportement de l’enfant doit inciter
d’emblée à envisager l’éventualité d’un traumatisme (non spécifiquement
sexuel). L’apparition subite de peurs incontrôlables, de pleurs, d’une
tristesse, d’une énurésie, d’une encoprésie, de troubles de l’appétit
(anorexie, boulimie), de troubles du sommeil (terreurs nocturnes, insomnies,
cauchemars, difficultés d’endormissement, refus d’aller se coucher) ainsi
que le désinvestissement d’activités significatives (conduites ludiques,
scolarité) sont des signes d’alerte.
Ces changements peuvent
notamment survenir après une garde par une nourrice, un baby-sitter ou un
parent, au retour de l’enfant à domicile après un camp de vacances, etc.
q
Le nourrisson. La
souffrance de l’enfant en bas âge (avant 3 ans) se caractérise par un
trouble du fonctionnement global : augmentation des cris ou des pleurs,
troubles de l’alimentation (anorexie, polyphagie, mérycisme), troubles du
sommeil, hyperactivité ou apathie (gestes rares, ralentis, parfois associés à
des balancements), « vigilance gelée »[29],
ralentissement de l’évolution du développement psychomoteur et retard
staturo-pondéral[30].
q
L’enfant d’âge
scolaire. Les
jeunes victimes peuvent manifester un retard de développement,
voire régresser à un stade antérieur : position fœtale, dépendance
affective aux parents avec difficulté de s’autonomiser, recherche de
protection, peur de l’étranger, énurésie, encoprésie et perturbations
scolaires (refus de fréquenter l’école, ralentissement du fonctionnement
intellectuel,
diminution des performances, etc.).
D’autres, au contraire, manifestent des capacités de développement accrues
(langage, habilités sociales, hauts niveaux de performances scolaires, etc.).
On parle alors de « progression traumatique » ou de « prématuration
traumatique ». Ils peuvent aussi présenter des problèmes de
comportement : cachotteries, fugues, agressivité, hyperactivité, repli sur
soi, conduites d’évitement (évitement des situations
rappelant le traumatisme initial).
q
Les adolescents.
A l’adolescence, les indices les plus évocateurs d’une souffrance sont les
comportements asociaux et délinquants, les actes d’autodestruction
(scarifications, automutilations, idées ou conduites suicidaires), les
addictions (alcoolisme, toxicomanie), les fugues
répétées, les troubles de l’humeur (dépression) et les
conduites d’évitement.
2.2. Les signes fortement suspects d'une agression sexuelle
Outre les troubles
psychotraumatiques sus-cités, les jeunes victimes peuvent manifester des réponses
émotionnelles et comportementales plus spécifiques des violences sexuelles.
q
Le rapport à la sexualité.
Les troubles de la conduite sexuelle et les comportements sexuels précoces
doivent dans tous les cas faire suspecter des abus sexuels. Notons cependant
qu’à eux seuls, ils ne constituent pas une preuve irréfutable d’agression
sexuelle. A contrario, toutes les victimes ne présentent pas ce type de
trouble.
Les
conduites de répétition[31].
Les enfants sexuellement agressés mettent en scène des aspects ou des thèmes
de l’agression sexuelle de manière répétée dans leurs dessins, leurs jeux
ou leurs fantaisies (par exemple, jeu « papa et maman » ou jeu
« du docteur » particulièrement réalistes ou violents, simulation
de rapports sexuels avec des jouets accompagnés de gestes, de bruitages, etc.).
Les
enfants peuvent témoigner de connaissances sexuelles inadaptées à leur
âge ou à leur degré de développement (dessins suggestifs, mots crus,
gestes sexualisés, jeux sexuels précoces, etc.), manifester des préoccupations
sexuelles excessives pour leur âge (curiosité soudaine portée aux parties
génitales des êtres humains ou des animaux, questionnement récurrent sur la
sexualité, voyeurisme, allusions répétées et inadéquates à la sexualité),
se livrer à des conduites auto-érotiques prématurées, parfois
compulsives (attouchements des parties génitales, masturbation excessive, y
compris en public, introduction d’objets dans le vagin ou l’anus) ou adopter
des conduites sexuellement provocantes et exhibitionnistes. Certains
présentent un comportement séducteur et sexualisé,
érotisant leurs rapport à autrui, attribuant une connotation sexuelle
injustifiée aux attitudes des adultes, voire harcelant ou agressant
sexuellement des adultes ou d’autres enfants. A contrario, d’autres enfants
manifestent un rejet de tout ce qui touche à la sexualité.
Dans
tous les cas, ces comportements doivent interpeller les adultes. On se
rappellera néanmoins qu’ils ne sont pas une preuve formelle de maltraitance
sexuelle. En effet, les enfants
manifestent généralement une grande curiosité sexuelle. A l’adolescence,
les bouleversements hormonaux et pulsionnels stimulent également cet intérêt.
La masturbation, même intensive, est banale avant l’âge de 3 ans. De
plus, l’enfant peut reproduire des scènes qu’il a surprises (par exemple,
adultes se livrant à des rapports sexuels en réalité ou à la télévision).
q
Le rapport au corps et à
l’hygiène. Certains enfants expriment leur peur que leurs parties génitales
soient endommagées, déclarent que leur corps est sale ou se livrent à des
rituels de lavages obsessionnels. D’autres au contraire refusent d’être
changés, craignent
la toilette des organes génitaux ou négligent soudainement leur hygiène.
Les adolescentes peuvent devenir obèses ou cachectiques suite à des troubles
du comportement alimentaire, l’obésité ou la maigreur leur tenant lieu de
protection contre la séduction.
q
Le rapport à la nudité.
Un refus brutal de se déshabiller pour aller se coucher (parfois doublé
d’une tendance à se barricader la
nuit) ou de se dévêtir en public dans des lieux
ad hoc (piscine, plage, vestiaire sportif, etc.) et la manifestation soudaine
d’une gêne inhabituelle devant un adulte sont également en faveur d’un
abus de nature sexuelle. A contrario, d’autres enfants, parce qu’ils ont appris à
construire leurs relations sur base sexuelle,
adoptent un comportement provoquant et se dévêtent sans gêne dans des
situations inconvenantes.
q
Le rapport aux autres.
On doit se poser la question d’une
maltraitance lorsque l’enfant refuse soudainement, sans raison apparente ni
compréhensible, de côtoyer ou de rester seul en présence d’une personne
jusqu’alors appréciée ou tolérée ou
lorsqu’il déclare abruptement qu’il la déteste. Une conduite d’évitement
ou une peur subite des adultes du sexe opposé ou du même sexe (type de peur déterminée
par le sexe de l’abuseur) doit également inciter à envisager un vécu de
violence. La volonté déclarée d’un adolescent de ne pas se marier ou de ne
pas avoir d’enfants, pour banale qu’elle puisse être, doit être interrogée
lorsque elle est couplée à d’autres signes préoccupants.
3. Les facteurs renforçant la suspicion de maltraitance
La
suspicion de violence peut être renforcée par différents facteurs.
q
Les lésions et
infections. La suspicion est
renforcée lorsque :
ð
L’enfant présente des
plaies, des blessures ou des infections génito-urinaires de manière récurrente.
ð
Il présente des lésions
d’ancienneté diverses.
ð
Il présente des complications
pour des lésions qui auraient pu être soignées antérieurement, voire doit être
hospitalisé précipitamment.
q
L’attitude des parents
vis-à-vis des intervenants peut
également donner des indices. C’est le cas lorsque les parents :
ð
n’ont pas fait état des lésions
ou des douleurs, celles-ci ayant été signalées par un tiers (par exemple, un
enseignant, un éducateur, etc.) ou par l’enfant lui-même.
ð
n’ont pas mentionné de lésions
traumatiques, celles-ci étant découvertes inopinément lors d’un examen
clinique banal ou à l’occasion d’une plainte sans rapport avec elles.
ð
refusent de révéler la cause
du traumatisme physique ou des infections.
ð
donnent des explications
vagues, confuses, embrouillées et changeantes quant à la cause des symptômes
de l’enfant.
ð
fournissent des explications
qui ne peuvent objectivement correspondre à la cause des symptômes (par
exemple, gymnastique, équitation, chute, contamination par les toilettes,
etc.).
ð
prétendent que l’enfant a été
blessé accidentellement par un frère ou une sœur alors que cela semble peu
probable (par exemple, brûlures de cigarette, fracture, etc.).
ð
dénigrent l’enfant ou
l’accusent d’avoir un comportement anormal.
ð
prennent l’intervenant à témoin
pour justifier une punition.
ð
consultent tardivement malgré
la gravité évidente des lésions de leur enfant.
ð
minimisent ou dénient les
symptômes de l’enfant.
ð
refusent les investigations médicales,
l’hospitalisation ou les traitements.
ð
fuient à l’évocation de la
possibilité d’un abus.
ð
manifestent une attitude défensive,
voire agressive vis-à-vis des intervenants.
ð
évitent que l’enfant soit seul
avec l’intervenant.
q
Le comportement de l’adulte vis-à-vis de l’enfant qu’il accompagne.
Parfois, c’est le comportement d’un adulte
vis-à-vis de l’enfant qui fait soupçonner un abus sexuel. Une intimité
malsaine entre adulte et enfant ou l’indifférence d’un adulte responsable (absence
de regard, de geste, de parole entre l’enfant et le parent) doivent
attirer l’attention. Notons
cependant que les pères sont parfois très présents auprès leurs filles
lorsqu’elles deviennent adolescentes. En effet, ils peuvent redouter que les
fréquentations masculines de leur progéniture ne se révèlent dangereuses.
q
Le comportement de
l’enfant vis-à-vis des intervenants.
Les comportements suivants doivent inquiéter les intervenants :
ð
L’enfant esquisse des
mouvements de protection à l’approche de l’examinateur.
ð
Il manifeste une gêne
excessive ou refuse de se déshabiller pour l’examen médical.
ð
Il refuse vigoureusement d’être
touché (il se débat, hurle, etc.) ou d’être examiné.
ð
Il refuse de parler de ses
relations avec ses proches
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L’auteur
Sites de l’auteur : http://www.resilience-psy.com
Evelyne Josse est
psychologue diplômée de l’Université Libre de Bruxelles. Elle est formée
à l’hypnothérapie éricksonienne, à l’EMDR et à la thérapie brève.
Elle exerce en qualité
d’expert en hypnose judiciaire auprès de
Elle a travaillé pour différentes
ONG dont « Partage avec les enfants du Tiers Monde »,
« Avenir des Peuples des Forêts Tropicales », « Médecins
Sans Frontières-Belgique » et « Médecins
Sans Frontières-Suisse ».
Passionnée d’ULM 3 axes
(type avion), elle a mis sur pied avec Thierry Moreau de Melen, un pilote, le
programme ASAB (Anti Stress Aéronautique Brussels).
Auparavant, elle a également
travaillé pour Médecins Sans Frontières-Belgique. Elle a exercé dans des hôpitaux
universitaires auprès d’adultes atteints du VIH/SIDA et auprès des enfants
malades du cancer. Elle a également été assistante en faculté de Psychologie
à l’Université Libre de Bruxelles.
D’autres articles on-line
du même auteur sont disponibles sur http://www.resilienc-psy.com :
Traumatisme
psychique et maladie grave
- Le développement des syndromes psychotraumatiques. Quels sont les facteurs de
risques ?
- Victimes, une épopée conceptuelle. Première partie : définitions
- Le vécu de l’enfant atteint d’une maladie cancéreuse. Diagnostic et
première hospitalisation
- Le vécu des parents d’un enfant malade du cancer
- Métaphore et Traumatisme psychique
- La torture de masse. Le
cas de l’ex-Yougoslavie
-
La torture. Repères notionnels
Violences
sexuelles et sexospécifiques
- Les violences sexuelles. Définitions d'un concept multiforme
- Accueillir et soutenir les
victimes de violences sexuelles. Approche orientée vers la solution
- Déceler les violences sexuelles faites aux femmes
- Les violences sexospécifiques
à l'égard des enfants
- Causes et facteurs de
risque des violences sexospécifiques et sexuelles exercées contre les enfants
- Les violences sexospécifiques
et sexuelles à l’égard des hommes
- Les violences sexuelles
entre détenus de sexe masculin : un révélateur de la subordination de la
femme dans la société
Stress et traumatisme du personnel
expatrié
- Les expatriés dans la tourmente. Le stress humanitaire
- Les expatriés à l’épreuve
des séismes
- Le soutien psychosocial des équipes humanitaires. De l’incident critique à
la prise de décision
- Le soutien immédiat et
post-immédiat des expatriés affectés par un incident critique
- Le défusing
du personnel humanitaire affecté par un incident critique
- Comment faire? Le débriefing
psychologique des expatriés affectés par un incident critique
- Comment gérer le stress dépassé lié à l’expatriation ?
- Commet gérer le stress traumatique survenant dans le cadre d'une expatriation
?
- Le débriefing
psychologique dans un cadre professionnel
- Le réseau de pairs (peer
support network). Le soutien du personnel humanitaire de retour de mission
Problématiques
humanitaires
- Guide pour un assessment rapide
des besoins psychosociaux et en santé mentale des populations affectées par
une catastrophe naturelle
- Le traumatisme dans les catastrophes humanitaires
- Reconstruire le quotidien après un traumatisme collectif. Éloge du
quotidien, de la routine, des rites et des rituels
- Les enfants des rues. L'enfer du décor
- Violences sexuelles et
conflits armés en Afrique
Hypnose
- Idées fausses circulant
au sujet de l’hypnose
- Quels sont les indices
d’une transe hypnotique ?
- Comment se déroule une thérapie
par hypnose ?
- L’hypnose. Les réponses
à vos questions
Stress
aéronautique
- Stress aéronautique. Peur
de voler, phobie de l'avion, panique à bord J’ai peur en avion ! :
Première partie : c’est quoi le stress aéronautique ?
- J’ai peur en avion ! :
Deuxième partie : j’ai peur du crash !
- J’ai peur en avion ! :
Troisième partie : j’ai peur de la panne !
- J’ai peur en avion ! :
Quatrième partie : j’ai peur des turbulences !
- J’ai peur en avion ! :
Cinquième partie : j’ai peur que l’avion ne tombe !
- J’ai peur en avion ! :
Sixième partie : j’ai peur de ne pas pouvoir supporter cette situation !
- J’ai peur en avion ! :
Septième partie : conseils pour les voyageurs anxieux
- J’ai le mal de l’air
Acouphènes
- Les acouphènes.
Traitement par l’hypnose
-
Que peut apporter l’hypnose dans le traitement des acouphènes ?
Divers
- Familles en difficulté. Guide
à l’intention du psychothérapeute orienté vers la solution
- Le stress, c’est quoi ?
Première partie : Le stress, c’est quoi exactement ?
- Le stress, c’est quoi ?
Deuxième partie : Existe-t-il différentes formes de stress ?
- Le stress, c’est quoi ?
Troisième partie : Quelles sont les conséquences du stress dépassé ?
- Le stress, c’est quoi ?
Quatrième partie : Le stress traumatique, c’est quoi ?
- Le stress. Quelques repères
notionnels
[1]
Pour
de plus amples informations sur les violences sexuelles faites aux enfants,
nous convions le lecteur à consulter les articles du même auteur : « Les
violences sexospécifiques à l’égard des enfants » et « Causes
et facteurs de risque des violences sexospécifiques et sexuelles exercées
contre les enfants » disponibles sur le site www.resilience-psy.com.
Des articles sur les violences faites aux femmes et aux hommes sont également
disponibles sur ce même site (voir la bibliographie de l’auteur en fin
d’article).
[2]
J’emprunte ce
terme à Wallerstein L., Lewis J., Blakeslee S. Ces auteurs nomment ainsi
les effets retardés du divorce sur les enfants (« The
Unexpected Legacy of Divorce : The 25 Year Landmark Study »,
New York, Hyperion Books, 2000).
[3] « Recommandations du Jury », in « Comment reconnaître une maltraitance ancienne chez l’adulte et la personne âgée », http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/prvictimes.html
[4] Les enfants plus jeunes verbalisent difficilement les faits et leur vécu mais peuvent signaler des douleurs ou des démangeaisons, par exemple au niveau génital ou anal.
[5]
Nous écartons ici
les mensonges proférés par l’enfant à la demande d’un de ses parents
comme cela se produit parfois dans le cadre d’une séparation conjugale
difficile. A contrario, notons que l’absence d’un parent du domicile
familial consécutive à un divorce peut favoriser les allégations véridiques
en offrant à l’enfant de nouvelles opportunités (par exemple, de dénoncer
un inceste lorsque le père a quitté le foyer).
[6]
Nous entendons par
intervenant, toute personne gravitant autour de l’enfant aussi bien au
niveau personnel (parents, famille élargie, amis, voisins, etc.) que
professionnel (personnel médical et paramédical, corps enseignant, éducateurs,
etc.).
[7] Pour plus de détails, voir l’article du même auteur : « Les violences sexospécifiques à l’égard des enfants », www.resilience-psy.com.
[8]
C’est le cas
notamment de nombreuses petites filles dans les pays en voie de développement.
En matière de scolarité, les parents pauvres privilégient généralement
leurs fils au détriment de leurs filles car ils sont redevables
traditionnellement de les soutenir durant leur vieillesse.
[9] Cités par Dantchev N. in « Comment reconnaître une maltraitance ancienne chez l’adulte et la personne âgée », http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/prvictimes.html
[10]
Soulignons que la
responsabilité de l’activité sexuelle avec l’enfant doit toujours être
attribuée l’adulte, peu importe qui a initié la rencontre (les jeunes
adolescents séduisent parfois activement des jeunes gens, voire même des
adultes) et qui en retire satisfaction. En effet, c’est à lui, et non à
l’enfant, de discriminer ce qui constitue une transgression aux normes
sociales ou morales et de poser les interdits.
[11] On se rappellera, par exemple, l’émoi suscité en Belgique par l’affaire Dutroux.
[12]
Dans de nombreuses
cultures, la virginité et la chasteté des filles reflètent l’honneur de
la famille. Dès lors, les agressions sexuelles sont perçues comme une
honte et les victimes sont déshonorées. Les jeunes filles courent le
risque d’être chassées du domicile familial, elles sont souvent
contraintes d’épouser leur agresseur ou sont indignes de prétendre au
mariage. Certaines sont même assassinées par un membre de leur famille
pour laver la honte et recouvrer l’honneur familial.
[13]
Près de 90%
des enfants maltraités présentent des traces de blessures sur la peau.
[14]
La mastoïde est
l’éminence de l’os temporal située en arrière du conduit auditif
externe et recouverte par le pavillon de l’oreille.
[15] Le plus souvent intra-abdominales (lésions du foie, de la rate, du mésentère, du rein ou du rectum), elles peuvent évoluer à bas bruit et se révéler brutalement au bout de plusieurs jours par un état de choc ou une symptomatologie abdominale aiguë.
[16]
Les hémothorax et
les pneumothorax sont en général consécutifs à des fractures des côtes.
[17]
Les signes
d’appel sont l’altération de la conscience, les crises convulsives, un
déficit moteur, les troubles du tonus, les vomissements, la cyanose, la pâleur
et les apnées d’apparition brutale.
[18]
Les fractures sont
fréquentes (entre 10 et 55% des enfants maltraités), surtout chez les
enfants de moins de trois ans.
[19]
Les chutes à
califourchon ne provoquent qu’exceptionnellement des lésions hyménales
sauf lorsqu’il y a empalement.
[20] Adhérence cicatricielle de deux surfaces ulcérées.
[21] Soulignons cependant que ces adhérences ne sont pas un indice suffisant d’abus.
[22]
La transmission
parentérale (par contact avec du sang ou des dérivés sanguins) est bien
connue. La contamination par la salive, par contact avec des lésions cutanées
et par l’échange d’objets personnels tels que brosse à dents ou linge
de toilette est aussi évoquée. La voie sexuelle est le mode de
transmission le plus fréquent dans les régions à faible endémicité
comme l’Europe. La transmission horizontale est courante en Afrique
et elle est, tous pays confondus, plus fréquente chez les jeunes enfants et
les adolescents que chez les adultes.
[23]
Soulignons que les vulvites infectieuses sont
plus rares que les vulvites mycosiques.
[24]
Ce qui, nous
l’avons vu, est rarement le cas. Un examen médical pour violence sexuelle
est pratiqué dans la semaine suivant l’agression dans moins de 10% des
cas.
[25]
Dans la grande
majorité des cas, les abus sexuels sont commis par des proches sans recours
à la violence physique.
[26] On appelle anisme, la contraction paradoxale du sphincter anal externe au cours d’un effort de défécation.
[27]
Pour plus de détails,
voir Watier A., “Répercussions à long terme des abus sexuels sur la sphère
pelvi-périnéale, Sherbrooke, http://www.perineales.org/conf-abus-sex.pdf
et Labat J.-J., « Abus sexuels et pathologie fonctionnelle pelvipérinéale »,
ConStat, 1996, 3, 10 – 13, www.urofrance.org/lienbiblio.php?ref=CT-1996-00030010&type=PDF&lang=fra
-
[28] « Le déni de grossesse » est fréquent chez les très jeunes adolescentes enceintes suite à un viol et chez les jeunes filles enceintes suite à un abus sexuel incestueux.
[29]
Vigilance gelée est la traduction de la locution anglophone « frozen watchfulness ». L’enfant
est capable prématurément de contrôler sa motricité, de rester immobile
de longs moments, de suspendre son activité, d’interrompre ses
babillages, ses rires ou ses pleurs en fonction de l’état émotionnel de
son entourage.
[30] Pouvant mener dans de rares cas au « nanisme psychosocial », encore appelé « nanisme de frustration », « nanisme de détresse » ou « nanisme par carence psychoaffective ». Le retard staturo-pondéral est la conséquence des difficultés relationnelles entre l’enfant et son entourage.
[31]
Il s’agit de
conduites complexes réitérant des comportements effectués pendant
l’agression. Elles sont une des modalités du syndrome
de répétition. Le syndrome de répétition est un ensemble de
manifestations cliniques qui se répètent à intervalles variables et par
lesquelles le sujet a l’impression de revivre la scène ou les scènes
traumatisantes initiales.
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